Aujourd’hui un site internet a publié ceci (lien qui mourra un jour, et que l’on ne regrettera pas), un pamphlet larmoyant sur les acteurs du monde du manga francophone qui se défendent de ne pas être des vendus car ils sont beaux et propres et sentent bon le sable chaud. « Sommes-nous tous des vendus ? » demande le narrateur, ce à quoi je meurs d’envie de lui répondre « tous non, mais toi oui » puis je me rappelle que j’ai bloqué ce mec pour des conflits idéologiques voire déontologiques sur le traitement de l’information. Oups. Un édito sur les collusions qui ont lieu, ou plutôt pourraient avoir lieu, car si t’es pas pris la main dans le sac au moment d’écrire, t’es blanc comme linge, suite à quoi de vives réactions ont éclaté sur les réseaux sociaux, que ce soit en public ou en privé. Beaucoup ont leur mot à dire et que celui-ci soit engagé -donc partial-, désintéressé ou juste imprégné de doute, il est difficile de ne pas lui accorder d’attention. C’est dans cet élan de réactions et autres interrogations soulevées que je m’accorde un droit de réponse, et ce pour deux raisons : je suis un membre actif de la communauté dont il est question ; je suis directement visé par des accusations d’accusations.

Resituons le contexte : le manga est toujours en plein essor, avec des tonnes de ventes, de publications, de personnes intéressées par ces dernières donc d’aficionados prêts à tout pour renseigner un public exigeant et curieux. De cette tendance émergera très tôt et comme pour tout domaine : des médias qui diffuseront l’actualité. Nombreux sont ceux qui s’aventurent dans le blogging, le news feeding, le social engineering et toi aussi invente des mots pour te créer un emploi fictif. Bref, des actualités sur le monde du manga et de ses dérivés en francophonie, des critiques des produits mis en vente, des dossiers thématiques pour stimuler les connaissances des uns et ouvrir l’appétit des autres, et plein d’autres trucs très chouettes comme les podcasts YouTube d’unboxing de kits presse et de bonbons japonais. Quoi ? Un intrus ? Non non, c’est la réalité.

Affinons désormais ce contexte en explicitant la dernière phrase : dans cet amas de sites internet, de blogs, de pages Facebook et autres chaines YouTube, on trouve de tout et surtout du grand n’importe quoi. Entre deux critiques de poids qui font ça depuis des années il n’est pas difficile de se trouver nez à nez avec un jeune qui débute en faisant des textes un peu maladroits (on y est tous passés) ou une amatrice de vidéos de bibliothèques mangas. Tout est possible et rien n’empêche aux gens d’exprimer leur passion à leur façon. En revanche, ce qui devient très vite complexe, c’est de séparer le grain de l’ivraie. Qui est qui, qui fait quoi, ainsi que le pourquoi du comment de la chose. Un blog pouvant être tenu par quiconque, il n’est pas difficile d’y retrouver des acteurs majeurs de la presse écrite spécialisée, ou télévisée, radiophonique et autres médias à la mode comme le Minitel.

Donc. Qui est qui ? Eh bien moi par exemple je suis un jeune homme passionné qui écrit à ses heures perdues, que ce soit à titre personnel ou pour le magazine presse bimestriel AnimeLand, voire le site internet Crunchyroll. Donc oui, mes employeurs sont des grosses firmes américaines. Cela fait-il de moi un corrompu ? Non, je suis payé pour écrire pour eux, et j’ai une libre expression sur ce que je dis. Personne ne me mets de couteau sous la gorge pour donner des bonnes notes ni même noter d’ailleurs dans le cas de CR. En terme de censure éditoriale je n’ai jamais eu à me plaindre, on me laisse une carte blanche que j’utilise à ma guise. Et de façon générale, je choisis ce dont je vais parler donc les critiques sont souvent bonnes car je choisis des choses qui me plaisent et dont j’ai envie de parler avec passion. Cela fait-il de moi un vendu aux corporations de reptiliens assoiffés d’argent ? Non, un simple pion médiatique comme d’autres. Mais en toute transparence, car évidemment rémunéré pour ce travail (et j’en suis déjà à ma 3ème BMW payée en argent de pige, c’est le pied les mecs, venez !) contrairement au blogging qui lui n’offre rien, mais vraiment RIEN : la preuve en est que j’achète 100% des bouquins de ma bibliothèque (moins un, c’est un cadeau d’anniversaire d’un ami). Le blog donc. Là j’y écris davantage comme je le souhaite, pas forcément en positif bien que ça reste la tendance car on prend bien entendu davantage de plaisir à écrire sur ce que l’on aime que l’inverse. Et personne ne me force à écrire quoi que ce soit, pour les raisons sus-nommées, donc c’est encore une fois le champ libre à toute forme d’expression.

Où je veux en venir ? Eh bien tout le monde n’est pas comme ça. Loin de là. Beaucoup vont parler de tout un tas de choses, comme par obligation, et cela se ressentira tôt ou tard dans la pauvreté de la critique : rhétorique élimée, œuvres surnotées, trop concis, trop fade, trop artificiel. Trop commandé. Ces critiques sont là car elles sont la suite directe d’un processus de communication qui consiste à offrir à des blogueurs/podcasters/youtubers des mangas ou autres produits à tester. Les fameux Services Presse, ou SP, dont tout le monde parle. Les fameux mangas gratuits que beaucoup lorgnent avec envie, qui sont mentionnés en douce entre deux conversations sur machin ou bidule, et qui foutent bien la merde. Ces bouquins sont parfois, mais pas toujours, des versions non finies des mangas finaux. C’est à dire un bouquin pas corrigé, de qualité matérielle inférieure, sans les pages « bonus » qui ne sont pas le manga en soi, etc. Bref, du prototype. Ce sont les véritables kits de presse qui servent d’outil aux critiques qui pourront les lire parfois des mois avant, plus facilement transmissibles en format numérique et surtout quand on vit pas en Île de France où tout se joue. J’utilise ces .PDF pour mes critiques mangas de presse écrite. C’est la seule véritable solution pour travailler efficacement, et niveau valeur c’est zéro car ce sont des tomes pas finis et en numérique. Pour un collectionneur comme moi, ça n’a de valeur que la lecture au sens pro du terme qui en découle et ça ne remplacera jamais un livre dans une étagère. Mais lorsque les éditeurs envoient des bouquins, dans leur format définitif, les mêmes que vous pouvez acheter en commerce, pour avoir en retour (que ce soit mentionné ou non) des critiques positives… eh bien il y a une burne dans le velouté de courgettes et ça, c’est pas très bon.

Encore une fois : où je veux en venir ? Allons-y, en effet. Certains acteurs du monde du manga francophone se permettent de porter toutes les casquettes pour obtenir des privilèges en veux-tu en voilà. Tantôt professionnels du secteur (donc travailler directement avec les éditeurs), tantôt amateurs (blog, podcast), tantôt semi-pro avec des sites internet déjà plus rodés et au contenu fourni régulièrement. Le hic, c’est quand tous ces petits mondes entrent en collision en même temps et que personne ne semble se rendre compte de la gravité de la chose. Lorsqu’un blogueur côtoie publiquement un éditeur et le lendemain présente un article très positif sur ce-dit éditeur, les gens crient au scandale. Quand un podcaster parle en bien d’un manga un peu bofbof parce qu’il sort d’une soirée avant-première de lancement de manga populaire, certains hurlent à la corruption. Quand d’autres affichent de manière très ostentatoire leurs butins de mangas qui n’ont pas été achetés du tout, ah là ça jase, vous pouvez me croire. Mais quand quelqu’un fait les trois en même temps, sur une base régulière, et sous le nez de tous, et se défend d’être blanc comme un cul, alors là personne ne réagit. Les jolis mots, les vénéneuses tournures de phrases et les autres galipettes de langage dignes des pires politiciens sont autant de façons de faire avaler des couleuvres et de s’en sortir « les mains propres ». Être invité à une soirée VIP et repartir avec un sac de goodies ne fait pas de vous des êtres impartiaux lorsqu’il s’agit par la suite de conter votre expérience. Pas plus que les fréquentes interviews qui sonnent comme des conversations entre amis avec les éditeurs, les dossiers spéciaux sur des œuvres publiées par ces mêmes éditeurs, les partages à tout va de toutes ces pages internet monétisées et la nonchalance avec laquelle les accusations sont repoussées d’un geste de main princier. « Oh non, des remises en question ? si peu pour moi, je suis trop beau sur mon trône de privilèges que je ne daignerais en aucun cas me regarder dans un miroir. » Eh bien non mon coco.

Lorsque j’ai réagis, succinctement et sans citer personne, à une réaction sur cet article, on est venu me mordre à la gorge en me menaçant avec un message très clair : « ferme ta gueule ». Mauvaise idée, car je fais tout l’inverse. Le lâcher de chiens très peu pour moi, je sais encore ouvrir ma gueule pour m’exprimer sans avoir à faire recours aux copains. Lorsque certains ont réagi ou partagé certaines de ces réactions, ils s’en sont pris plein la tête aussi, à base de menaces puériles sur des complots et autres franc-maçonneries. Lorsque certains amis m’ont montré des conversations (privées, bin ouai, les gens osent même plus s’exprimer en public par peur des chiens aux abois qui mordent à la première occasion), j’ai été épris d’une très profonde tristesse. On en est là. On en est vraiment là. Certains sont tellement bouffés par leurs privilèges qu’ils sont prêts à tout, TOUT, pour les conserver et se libérer de toute accusation. « C’est pas moi j’ai rien fait. » dit-il, la main dans le sac. Alors je dis non, vraiment pas, tolérance zéro. Je vais par contre ne pas m’amuser à prendre de screenshots de fragiles ou de citer sans mentionner, ou que sais-je d’autre de faible et de lâche à base de subtweet et autres appels à la vengeance. J’ai mes preuves, elles sont réelles et tangibles, juste que par soucis de respect (sic) je préfère ne pas les dévoiler au grand jour car j’en aurais honte pour eux. Mais eux qui ? Ceux qui doivent se reconnaître sauront parfaitement se reconnaître, et comme ils n’ont pas du tout la conscience tranquille ils savent peut-être même déjà que ce genre de fuite d’informations leur pend au nez. Libre à eux de continuer à jouer aux gros durs ou de juste s’écraser et tracer leur chemin sans jouer les pionniers de la transparence avec les mains plus sales que leurs séants. Tôt ou tard la roue tournera, et ils seront dessous.

Donc pour résumer le fond de ma pensée et de mon argumentaire : quand certains sacs à merde arrêteront de mélanger le journalisme et la publicité, à savoir l’information et la communication ; qu’ils arrêteront de faire passer leurs intérêts voire ceux de leurs amis professionnels du marché avant ceux de leur lectorat ; qu’ils cesseront de nous prendre pour des gros cons finis à la pisse en faisant la promotion au sens marketing et commercial du terme d’une oeuvre, et juste après dire publiquement que « non ils ne sont soumis à aucune emprise » ; qu’ils arrêteront de couvrir leurs pages Twitter, Facebook, Instagram et autres de photos de leurs cadeaux des éditeurs ; qu’ils mettront fin à leurs insidieuses tentatives de réduire au silence les gens qui les critiques à raison ; qu’ils sauront, et non sans une touche pernicieuse de malice, reconnaître qu’ils sont coupables de pure corruption et qu’ils sont complètement vendus à cause de confrontations passées et autres amitiés présentes ; qu’ils finiront par se rendre compte que leur situation n’a rien d’enviable et qu’ils ne sont pas les super stars qu’ils s’imaginent être ; qu’ils abandonneront la course aux clics et à l’actu tellement fraîche que c’est une putain de rumeur et non pas une annonce officielle ; qu’ils, d’ailleurs parlons-en, apprendront à écrire un article sans copier-coller un communiqué de presse, car c’est vraiment dur d’utiliser sa tête ; et finalement qu’ils se remettront sincèrement en question pour le bien de tous : alors je fermerai ma gueule. Promis.

2 réflexions sur “Sommes-nous tous des fils de pute ?

  1. « qu’ils, d’ailleurs parlons-en, apprendront à écrire un article sans copier-coller un communiqué de presse, car c’est vraiment dur d’utiliser sa tête ».

    C’est une technique très utile lorsque l’on t’oblige à parler d’un bouquin que tu n’as pas aimé. Je l’ai rarement employé car j’arrive à choisir mes sujets et ainsi utiliser le DP/CP comme noyau dur pour une ou deux phrases afin de réaliser un 60/70L avec tout le fourbi. Je plussoie évidemment l’usage paresseux de ce type de documents lorsqu’on traite d’un sujet qui nous intéresse.

    L’objectif du DP/CP est de fournir un matériel d’écriture facilitant le traitement de l’information, notamment auprès de médias traditionnels ou sans rapport direct avec l’évènement à couvrir. Donc à destination de personnes certes (semi)professionnelles mais ayant peu d’atomes crochus avec le sujet proposé. Le souci du DP/CP survient lorsque l’on a affaire à une personne (journaliste, pigiste, etc.) qui décide de traiter X évènements en même temps. En même temps. Exemple simple : couvrir 5 vernissages en galeries le même soir sur Paris et tout écrire dans la foulée pour le lendemain. Le temps est compté. Pas le temps pour graver et enluminer sa prose. Restons informatif. Débitons l’actualité. Restons en alerte et ne nous reposons jamais. Prendre du recul ? Ce serait pour mieux tomber dans le ravin des médias en panne. Le juste milieu dans l’usage et l’appropriation du contenu d’un CP/DP réside dans la gestion de ses priorités, de ses choix et de son planning. Personne n’est surhumain.

    Au fait, pourquoi je parle de tout ça ?

    #VieuxSchnock #UnSuppoEtAuLit

    D’s©

  2. Hello

    J’écris pour le site dont tu parles et je dois dire que je me reconnais bien plus dans le portrait que tu fais de toi-même que dans celui que tu sembles nous prêter.
    Après, je ne suis peut-être pas visé par tes propos…

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